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Écrit par Geneviève Beaudoin
19 décembre 2019

L’hybridation des légumes pour la survie aux changements climatiques

Au Québec, l’agriculture vit des difficultés dues à l’accélération des changements climatiques. Cette année, avec un printemps très tardif, suivi d’une forte sécheresse en été, puis la neige qui est arrivée bien avant son temps, les agriculteurs ont fait face à différentes problématiques. Notamment, la perte d’une grande partie de leurs récoltes, voire même pour certains de l’entièreté.

Dans les champs des Artisans des saveurs, nous attendions environ 100 000 livres de tomates ancestrales et nous n’en avons obtenu aucune. Une perte totale. Le contrecoup de ces pertes est l’augmentation du prix des fruits et légumes sur le marché pour cet hiver. Aujourd’hui, je me penche sur des questions qui me tracassent. Les changements climatiques sont bien enclenchés et peu de moyens sont pris pour les stopper. Comment allons-nous faire pour garder une agriculture viable au Québec, au Canada et partout dans le monde ? Serait-ce dans la sélection et l’hybridation des semences venues d’ailleurs que réside la clé pour améliorer l’agriculture au Québec ? Pour répondre à mes questions, j’ai fait appel à un expert de renom, Michel Lachaume, sélectionneur et hybrideur libre depuis plus de 25 ans.

Qu’est-ce que l’hybridation ?

« L’hybridation est la création de nouvelles variétés par l’homme. En mélangeant les pollens de deux ou plusieurs variétés de légumes possédant des caractéristiques désirables on obtient des variétés aux qualités recherchées comme la saveur, la couleur, le format uniforme, mais aussi on peut obtenir des légumes qui résisteront au froid, à la sécheresse, aux maladies, etc. » m’explique Michel Lachaume

Chaque variété de légumes a commencé par être hybride, par un croisement fait entre deux plantes différentes par pollinisation libre. C’est ce qui explique l’immense diversité de variétés dans le monde des légumes. Nous pourrions ainsi dire des abeilles qu’elles sont les plus grandes « hybrideures » qui existent sur la planète. Depuis plus de 100 ans, l’humain joue à l’abeille et a commencé à réaliser ses propres croisements de pollens dans le but de créer de nouvelles variétés. Il est donc en mesure de contrôler le mélange des pollens en transférant manuellement le pollen d’une fleur à une autre et d’ainsi participer à l’hybridation. Trop souvent, hélas, pour créer des variétés plus robustes qui supporteront de longs transports, la qualité de la saveur sera laissée de côté.

Les changements climatiques, à l’échelle planétaire, amènent des saisons plus courtes, des printemps plus froids, souvent avec du gel tardif, des étés de sécheresses et des automnes froids presque hivernaux. Ici, au Québec, nous avons commencé à faire la culture de légumes en provenance d’autres pays pour tester leur capacité d’adaptation. Cet été, par exemple, la production de vieux oignons paysans du sud de la France et de l’Italie a superbement survécu à la sécheresse québécoise. Cette variété venant des régions chaudes est habituée à un climat aride. Par contre, ce fut plus difficile pour la production d’oignons en provenance du nord de la France, qui sont, quant à eux, habitués à un climat pluvieux.

Problématiques de l’hybridation

L’hybridation ne peut pas qu’avoir des points positifs. Si l’on ressème les semences des hybrides, le produit de leur croissance ne sera pas exactement comme la première plantation puisque les gènes originaux ressortiront. Un peu comme les humains, les caractéristiques propres aux parents refont surface. Les semences provenant de la reproduction des plants hybrides seront composées d’un mélange aléatoire des gènes venant des plants souches. Il faudra par la suite resélectionner les plants et les semences avec le plus de caractéristiques recherchées au départ et réhybrider. Pour vous mettre une image en-tête, prenons l’exemple de la clémentine, qui est un mélange entre l’orange et la mandarine. Au début du processus d’hybridation, lorsque les semences étaient remises en terre, sur le nouveau plant, il devait y avoir à la fois des clémentines, des mandarines et des oranges. Cela peut prendre 8 générations, parfois plus, pour stabiliser une nouvelle variété.

On peut aussi comprendre que les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont issus de l’hybridation. Ils ne sont pas créés de façon biologique ou naturelle puisqu’ils sont engendrés à partir de moyens technologiques. Le processus consiste à enlever des gènes de l’ADN d’une plante pour les remplacer par ceux d’une autre plante ou par ceux d’animaux. Ces technologies sont, la plupart du temps, propriétés d’entreprises verticalement intégrées qui contrôlent le marché de la semence, des pesticides et des médicaments. Leur but étant de créer des plantes résistantes aux pesticides qui sont vendues sous forme de semences.

Les problèmes de l’agriculture actuelle

Parmi les problèmes affectant ce domaine, se retrouve en tête de liste la montée de l’industrialisation. Les agriculteurs, pour ainsi faire plus de profits, sont devant l’obligation de développer des moyens pour avoir des cultures plus performantes, se retournent vers des semences plus fortes, laissant de côté la santé. Nous assistons donc à la dégénérescence de la nature de l’agriculture. La majorité des semences qui se retrouvent sur le marché sont vendues par les grands de l’industrie, qui eux, appartiennent à des compagnies pesticido-pharmaceutiques. Ces semences sont souvent créées pour une agriculture industrielle et standardisée liée à la grande distribution. Ce qui fait en sorte qu’une grande proportion d’agriculteurs utilisent des semences hybrides très peu diversifiées, issues de peu de souches différentes. La saveur fait rarement partie des critères de sélection. Lorsque l’homme crée des hybrides, il le fait en fonction de critères préétablis, qui sont plus souvent reliés à la résistance aux intempéries.

Tomates ancestrales du champ des Artisans des Saveurs.

En résumé, l’hybridation apparaît comme une solution à plus petite échelle face à la complexité de créer une semence stable. Cette recherche est aussi jonchée d’échecs, car l’essai/erreur reste le seul moyen de tester l’hybridation organique. Cependant, une autre solution est possible, plus satisfaisante, mais ô combien plus ardue, consiste à planter des légumes exotiques dans notre jardin et de voir comment celles-ci s’adapteront à notre climat capricieux. Avec les Artisans des Saveurs, Hector Larivée va à l’encontre de la grande industrie du légume « générique et sans saveur » en remettant en circulation des variétés ancestrales et rares, reconnues pour leurs qualités gustatives. Et pour que la saveur soit au rendez-vous, il faut multiplier les composés, c’est-à-dire, maximiser la présence des antioxydants et des minéraux.

Comme Michel le dit si bien : LE GOÛT, C’EST LA SANTÉ !